Les quartiers - La vie sociale à la Plaine

 


 

"40 ans d’histoire sociale à la Plaine "
 

APPEL à TEMOINS


A l’occasion de la présentation de « 40 ans de vie sociale à la plaine Saint Denis » traité sous l’angle de l’engagement, vous êtes invités à donner votre témoignage si vous le voulez, vous qui avez vécu ou approché des témoins directs de cette période des quarante dernières années…

Le livre qui sera édité d’ici quelques mois voudrait rendre compte de la Plaine d’hier avec le regard de celles et de ceux qui étaient attachés à ce quartier… aujourd’hui, 3 mars 2007 dans la salle du 120, comme nous l’appelions familièrement, comme nous l’avons fait, le 8 février aux Magasins Généraux, dans le cadre de l’initiative du Conseil Général et de Mémoire vivante de la plaine : « Et voilà le Travail » délibérément nous avons choisi de mettre en évidence le regard du syndicaliste que je suis. Ce regard légitime ne doit pas être occulté pas plus que celui des politiques mais d’autres regards ont leur place...d’où cet appel à témoins.

Les 14 thèmes évoqués ne sont que des pistes à prolonger par vos contributions, en effet rien ou si peu n’est dit de l’école, des comités de quartiers, la Culture , l’Harmonie de la Plaine, des dispensaires de Santé, la vie associative, les loisirs, les très nombreux cafés…

Je vous invite donc très amicalement à prendre votre plume, votre stylo bille pour écrire brièvement ce que vous rappellent ces thèmes évoqués, sachant toutefois, que j’ai pris le parti de privilégier le regard de celles et ceux s’impliquent par leur attachement à la plaine.

Les documents photos, textes, objets se rapportant à cette période que vous nous confirez vous seront bien sur restituer le plus rapidement possible. Christiane Magnier, Madame Hoba, Melle Hazemane, Jacques Rolando, Bernard Glaisner et l’équipe active de « Mémoire vivante » que vous connaissez bien préparent des contributions écrites… Rejoignez les dans ce travail de mémoire.


Transmettez vos textes et documents éventuels :
à « Mémoire vivante »
à l’attention de :Jean Bellanger
contribution à « 40 ans d’histoire de la plaine »
120 avenue Wilson
93210 plaine Saint Denis

L’équipe de Mémoire vivante et les Publications de Saint Denis dont Michel Migette est le directeur bien connu vous donneront suite.


Pour le collectif de rédaction.                                                                                    Jean Bellanger


 
Table ronde : 40 ans de vie sociale à la Plaine Saint-Denis

Organisée par l’Association Mémoire vivante de La Plaine

 

Depuis 10 ans, la Plaine Saint-Denis connaît une renaissance ; de nombreuses entreprises s’y implantent et d’importants programmes de logements tant sociaux qu’en accession voient le jour. Il s’agit bien d’une renaissance ; ce territoire a une longue histoire puisqu’il a accueilli dès le XIXe siècle la première grande zone industrielle d’Europe continentale. En 150 ans, de nombreuses entreprises se sont succédé pour petit à petit quitter la Plaine à partir des années 70. Cette mutation profonde a entraîné des conflits, des mobilisations mais aussi des grands moments de liesse populaire.
Des habitants et des anciens salariés viendront témoigner sur :
- les usines et les emplois,
- les nuisances,
- les syndicats,
- les conflits sociaux,
- l’immigration,
- la solidarité internationale,
- l’habitat, les commerces et les jardins.
Cette histoire humaine est indissociable de l’histoire des entreprises et du travail à la Plaine. Cette rencontre est destinée aux « anciens » bien sûr, mais aussi à ceux qui agissent aujourd’hui pour plus de solidarité et de respect en enracinant leurs actions dans l’histoire du territoire.
Samedi 3 mars - 10h - Maison de quartier - 120 avenue du Président Wilson - La Plaine St-Denis
 

 
Les jardins de la Plaine
 
Article publié dans "Il était une fois la Plaine" dans sa livraison n° 4, daté de Février 1999, écrit par Jean Bellanger, avec la collaboration de Gilbert Fest, délégué départemental de la Ligue du coin de Terre, et d'après les documents de la bibliothèque municipale de Saint Denis fournis par Mesdames Florence Trovel et Michèle Gelis.

Pour la plupart des gens de la plaine « Les Jardins... sur le quartier ça n'existe pas, du moins pas aujourd'hui ! "...
». "Il y a bien "Les Jardins Wilson" nom que la municipalité a donné le 14 juin 1997 à cette "promenade" située sur l'autoroute A1 entre la place de l'Église et le chemin des Petits Cailloux comme une allée verte destinée à réparer la cicatrice encore visible de cette tranchée qui sépara le quartier dans toute sa longueur du nord au sud pendant plus de trente ans.

Quels jardins ?
Peut-être est-il question de ces Jardins "ouvriers" comme l'entendent les turbulents jardiniers du "Grand Stade" ? Aujourd'hui sur la Plaine il reste 23 Jardins sur les 144 qui existaient il y a 60 ans, 23 jardins administrés par la Ligue du coin de terre et soutenus par l'association des Jardins pour la Plaine. Ces jardiniers ne veulent pas être les petits restes, témoins d'un passé disparu mais des acteurs s'appuyant sur ce patrimoine qu'ils ont préservé comme un atout pour reconquérir sur la Plaine et sur la Ville des espaces conviviaux où les cultures des légumes et des fleurs se conjuguent avec l'art de mieux vivre en appréciant son temps et son voisin.

Route impériale N° 1 Paris-Calais
A la fin du second Empire et avant l'ère industrielle, La plaine Saint Denis restait un espace agricole. Des champs cultivés bordaient la Route impériale N° 1 Paris-Calais (Avenue Wilson aujourd'hui) ils étaient situés aux lieux dits "La Montjoie", "Le Cornillon", "La Couture-SaintQuentin", "Le Lendit" ...
Au fur et à mesure que vont s'implanter les usines ces terres agricoles vont perdre leur vocation première et servir d'entrepôts, de réserves en friche, de terrains à bâtir... La banlieue de Paris va s'installer tant bien que mal...
Toutes les terres cultivables ne seront pas pour autant abandonnées à l'industrie naissante, des terres maraîchères s'étendront à proximité de la Plaine notamment à Aubervilliers où les cultures déjà florissantes alimentent le marché des Halles de Paris. Chaque matin au petit jour les attelages de chevaux martèlent les rues d'Aubervilliers et entrent dans Paris chargés des légumes dont la réputation n'est plus à faire quand il s'agit de variétés connues et réputées encore aujourd'hui telles que les choux « Hâtifs d'Aubervilliers » ou « Milan Gros des Vertus », le navet « Pointu des Vertus», l'oignon «Jaune paille des Vertus» (1). Bref les jardins d'Auber, c'est un peu La Plaine... Le chemin des Pailleux (aujourd'hui avenue de Francis de Pressenssé ) atteste du passage habituel et régulier de chargement de paille et autres produits de fourrage pour les chevaux de la capitale encore très nombreux pour assurer les services de transport et de sécurité.
 
Ces « jardins-sauvages » de la SNCF
Il est difficile de rendre compte de manière très précise de la place que prennent les jardins ouvriers tant au point de vue du nombre que de leur organisation dans l'environnement de la Plaine Saint-Denis qui s'industrialise à grande vitesse.
Deux considérations doivent être prises en compte, tout d'abord au plan général les jardins sont dispersés un peu partout à travers toute la ville de Saint Denis avec quelques concentrations sur la Plaine et d'autre part ces Jardins sont d'un apport substantiel et complémentaire souvent indispensable pour la population ouvrière (2), particulièrement pendant les guerres de 14-18 et de 39-45. Sur l'ensemble de la ville de Saint Denis, précise Gilbert Fest qui connaît bien son sujet, des parcelles de Jardins repérées ici ou là témoignent que le jardinage est ancré dans le paysage dionysien et il cite de mémoire les lieux où existent ces jardins parfois insolites : Porte de Paris, rue Auguste-Poullain, rue Lebert, rue Auguste-Delaune au Barrage, à Langevin rue de la Vielle Mer, à la cité « Doriot » rue de la Ferme, à l'emplacement de la Maternité, au FrancMoisin, rue du Maréchal Lyautey et rue le Roy des Barres, à la cité Saint Rémi, etc. A ces parcelles dispersées dans la ville il faut ajouter les sites industriels de la Plaine, de Pleyel et de la Z.A.C. Delaunay Belleville, des jardins dépendants d'entreprises comme Aubagnac, Mouton, Legras…, sans oublier ces « jardins-sauvages » de la SNCF, placés à proximité des voies de chemin de fer tant à la Plaine qu'aux Joncherolles ou à Pleyel.
Depuis cinquante ans à la Plaine Saint-Denis, pertes d'emplois et dégradation du cadre de vie vont de pair.
Les jardins de la Plaine, tels une peau de chagrin, rétrécissent d'année en année. De 144, il y a soixante ans ils sont passés aujourd'hui rien que pour la Plaine Saint Denis à 23, soit une perte de 121 Jardins. En 1939, au terme d'un accord avec la ville de Paris, la Ligue du coin de terre gérait sur la Plaine Saint-Denis (3) trois groupes de jardins :
- A l'usine à Gaz, un espace de 17.396 m2 avec 87 jardins. GDF repris ce terrain le 11 novembre 1945.
- Près du canal, un espace de 2.300 m2 avec 11 jardins. Les Hydrocarbures s'y installèrent en 1957 avant d'être incendiés et après avoir pollué comme il faut ce terrain cultivable.
- Avenue de Pressenssé "Le Cornillon", un espace de 9.104 m2 avec 46 jardins.
Pour l'aménagement de la voie qui relie le Stade de France à la nouvelle gare de la Plaine 23 jardins sont sacrifiés.
Les jardiniers et leurs amis souhaitent que la série des hécatombes s'arrête là… forts de l'appui de la population et, ils le souhaitent, des pouvoirs publics qui se sont prononcés en leur faveur, ils ne baissent pas les bras.
 
Une politique des jardins ouvriers ?
L'organisation des jardins ouvriers et sa prise en charge politique à quelques exceptions près a été l’œuvre d'hommes politiques marqués plus particulièrement par le centre et la droite traditionnelle (5). Influencé par ses origines catholiques, caritatives, bien-pensantes et bienfaisantes le mouvement des jardins ouvriers a eu quelques difficultés à s'affranchir de cette tutelle pesante malgré les efforts très méritoires de ses dirigeants particulièrement dans la dernière période où le centenaire du mouvement était célébré avec une certaine pompe. Il serait temps sans rejeter la richesse de cette histoire spécifique de s'approprier toutes les réflexions et recherches modernes véhiculées dans les débats autour du développement durable (6) et qui semble ne pas être l'apanage d'un courant de pensée traditionnelle. Pour leur modeste part c'est ce que revendiquent les jardiniers de la Plaine en voulant coller à la réalité du quartier qui se rénove d'où leur refus de quitter la Plaine. Merci à Mémoire vivante de nous permettre de faire le lien entre le passé et notre combat actuel, merci à celles et ceux qui m'ont permis d'écrire ces lignes.
Un exemple à imiter pour les politiques qui causent, hésitent et ne font rien... La bataille des Forts de Paris ou l'art de réutiliser des terrains militaires à des fins pacifiques.
Tandis que les hommes sont sur le front et les femmes à l'usine de 1914 à 1918 les autorités militaires mettent à disposition 30.000 parcelles de jardins pris sur les espaces libérés des Fortifications de la petite et de la grande couronne de Paris. A Saint-Denis ce sont les forts de la Briche et de l'Est.
Jean BELLANGER

1) Cf. : « Cent ans d'Histoire des jardins ouvriers» , La Ligue du coin de Terre 1896-1996 CREAPHIS page 155. Françoise Dubost dans le chapitre intitulé : "Les jardins ouvriers: un patrimoine culturel" précise qu'à Aubervilliers coexistent deux associations de Jardiniers l'une créée en 1906 sous le patronage catholique de Pantin « l'association des jardins familiaux de Pantin-Aubervilliers » et l'autre créée en 1924 par le député socialiste "Groupe la que des jardins des Vertus d'Aubervilliers" (le député en question se nomme Laval).
2) Cf. : Article " La vie sociale à la Plaine" dans Mémoire vivante N°: 1 de janvier 1998, pour 12 heures de travail par jour le salaire pouvait varier de 1 Franc pour une jeune fille à 8,50 pour un contremaître. Les enfants pouvaient travailler à partir de 12 ans (J.O. 2 et 3 novembre 1892).
3) Philippe Pierson dans "Cent ans d'histoire des jardins ouvriers" page 158 évoque les jardins "sauvages" ou "informels"... ils apportent un peu de bonheur... que ceux qui les voient d'un mauvais oeil aident le mouvement des jardins familiaux à créer des jardins pour tous… raccommoder le tissu urbain, c'est aussi raccommoder le tissu social...
4) «Les Jardins ouvriers 1920» (Office agricole du Département de la Seine) G. Picot secrétaire de la ligue française du coin de terre et du foyer : le jardin ouvrier est nécessaire à la famille du travailleur et il doit en conséquence avoir sa place au premier rang des oeuvres sociales destinées à préserver l'avenir de la race française, Au 6e congrès des jardins ouvriers de Strasbourg en 1920, Monsieur Queille sous-secrétaire d'état au ministère de l'Agriculture souhaite «donner à chaque citoyen le coin de terre qu'il cultiverait avec amour».
5) Lire notamment le livre collectif préfacé par Maurice Schumann et dirigé par Philippe Pierson «Cent ans d'histoire des jardins ouvriers».
6) 5e Assises de la Plaine Saint-Denis novembre 1995.

 

 


Date de création : 15/06/2007 05:16
Dernière modification : 04/12/2007 16:48
Catégorie : Les quartiers
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