Le canal 1821-2021 “Le bicentenaire”

Le canal de Saint-Denis : la porte de l’industrie

Si l’on peut dire que l’industrialisation de La Plaine Saint-Denis commence autour du port de Saint-Denis, le canal en sera véritablement le moteur.

VI ème siècle, avec l’objectif de dévier la rivière de l’Ourcq vers la capitale pour l’adduction d’eau potable en priorité et aussi pour faciliter le transport fluvial, notamment des denrées alimentaires. Ce projet est repris tous les cent ans, jusqu’en 1802, quand Napoléon en confie l’étude à l’ingénieur Pierre –Simon Girard. Le bassin de La Villette, aux pieds de la rotonde Ledoux et de l’enceinte des fermiers généraux, est inauguré le 2 décembre 1808.
Il est décidé, en 1813, la construction de deux canaux de navigation qui aboutissent dans ce bassin : le canal de Saint-Denis et le canal Saint-Martin. On évite ainsi le grand méandre de la Seine et la traversée de Paris, parfois dangereuse lors des crues. Le parcours est cinq fois moindre et le chemin de halage, bordé d’arbres, plus pratique pour la traction à chevaux. A partir de 1821, date de la mise en eau, Paris sera donc ravitaillé essentiellement par bateaux, le bois, le charbon, les fourrages et autres pondéreux, notamment les matériaux de construction lors des grandes transformations de Paris avec le Baron Haussmann.
Le canal Saint-Denis part de la Seine au niveau du port de Saint-Denis, près de l’embouchure du Croult dont le cours est dévié ; il contourne la ville puis traverse la Plaine Saint-Denis en biais, du nord-ouest au sud-est, longeant le centre d’Aubervilliers pour rejoindre le bassin de la Villette.

Les guerres

Mais avant de servir l’industrie, le canal commence par servir la guerre, avec les invasions russes et prussiennes, la défaite des campagnes napoléoniennes en 1814 et 1815. Le canal, en chantier, est alors transformé en tranchée et en ligne de défense par les troupes ennemies. Paris capitule.
En 1840, Louis-Philippe et Thiers renforcent le système de défense par une double enceinte, celle de Paris et celle des forts. Saint-Denis est inclus dans un système de trois redoutes, la Briche, le fort de l’Est, et le fort d’Aubervilliers reliés entre eux par dix kilomètres de douves inondables. Ces fossés sont alimentés naturellement par cinq machines locomobiles qui pompent jusqu’à 40 000 m3 par jour l’eau de la Seine, à la Briche. Saint-Denis tombe aux mains des prussiens en 1870 et Paris restera assiégé près d’un an.

Les ports

Les processus d’industrialisation commencent donc par les ports, à chaque extrémité du canal. Sur la Seine, les docks et le port de Saint-Ouen, à environ trois kilomètres en amont de Saint-Denis, sont ouverts en 1830 et reliés plus tard au chemin de fer.
« La gare de Saint-Ouen est un port composé d’un bassin d’un bassin de 2 500 m2 de superficie et de 200 mètres de longueur, d’un canal de 600 mètres de longueur sur 50 mètres de largeur, perpendiculairement à la rivière Seine ; d’une place régulière ayant une superficie de 10 000 m2, entre le bassin et le chemin de la Révolte. Ce port ouvert à la navigation depuis le 25 mai 1830, communique avec la Seine par une écluse, qui en permet l’accès aux bateaux de la plus forte dimension. Une machine à vapeur maintient l’eau dans le canal à un niveau supérieur à celui du fleuve.
Autour de la gare se sont groupés des fonderies, forges, teintureries, fabriques d’impression sur tissus, de graisse, d’encre d’imprimerie, enfin des ateliers pour la construction des machines. C’est là que nos sorties, en 1861, dix-sept chaloupes canonnières exécutées par les ordres de l’empereur. »
A la Villette, un autre port s’établit, avec une zone d’entrepôts qui longe le canal jusqu’à Aubervilliers, les Magasins Généraux. On atteindra en trafic et en tonnage l’équivalent de l’activité portuaire de Bordeaux, spécialisée dans les denrées coloniales. L’activité s’intensifie avec la construction en 1867 des abattoirs, par Baltard et la Plaine Saint-Denis se tourne vers l’industrie de recyclage des déchets, tanneries, colles, suifs…

Un million de Parisiens

Depuis 1830, la Maison de la Seine, on trouve des fabriques de chandelles, d’encre, serrurerie et autres produits destinés aux Parisiens qui sont déjà un million en 1850.
Saint-Denis, passe de 4 425 habitants en 1821 à 26 117 en 1866. C’est la grande époque de l’exode rural, les débuts de l’émigration depuis l’Europe du Nord et des expulsions parisiennes : la main d’œuvre est abondante. Le tramway, en 1874, relie Saint-Denis à Paris en quinze minutes, remplaçant les coches mis en place au siècle précédent. La première municipalité socialiste est élue en 1892.
Alimentées par la Seine et le Canal, les usines trouvent donc une place de choix sur ce sol plat, pratiquement vierge de construction, sans aucune réglementation, aux portes de Paris, le long de la route du Nord. Les nappes phréatiques nombreuses permettent, en outre, l’implantation de tous types d’industries lourdes, chimie, métallurgie, électricité, grandes utilisatrices d’eau.

Dans le cadre du bicentenaire une conférence virtuelle

par Didier Chateau le vendredi 11 juin à 18 heures

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Merci au photographe Didier Hernoux pour ce travail…

Le Canal en noir et blanc des années 1900 à 1980