Raymond le Moing, une figure Dionysienne de la Plaine
par Michael DIEDER
Il y a 10 ans disparaissait le 21 juillet 2016 Raymond le Moing, une figure Dionysienne de la Plaine longtemps restée attachée au chemin de Fer Industriel puisqu’il en fut le directeur plus de 20 ans durant, jusqu’à son départ en retraite en 1992.
Raymond le Moing était né en 1931 à l’hôpital de la Porte de Paris. Avec sa famille, ils habitèrent durant toute son enfance au 35 rue de la Briche (actuelle rue Paul Eluard), au sein d’une loge de concierge. Il fit sa maternelle au sein de l’école Suger et alla au cours complémentaire du Corbillon, duquel il sortit avec le brevet en poche à l’âge de 16 ans.
Raymond le Moing et le CFI, ce fut pas moins de 45 ans de carrière puisqu’il y fut embauché en 1947. A l’époque, c’était le directeur de l’école du Corbillon, M. Derrien, qui avait orienté le jeune Raymond vers le chemin de fer industriel de La Plaine, après qu’il ait décidé après 1 mois de quitter la formation qu’il avait entamé au sein d’une école d’électronique de Clichy, dont il qualifiait l’organisation de « gabegie ».
Pour se mettre à niveau, Raymond le Moing dut prendre des cours du soir. Il gravit tous les échelons de la société jusqu’à en prendre le poste de directeur général au début des années 70. Dès lors, il fut le responsable du « maillage des entreprises de la plaine par le ’’CFI’’, qui irriguait depuis les gares parisiennes du Nord et de l’Est toutes les industries de la Plaine Saint Denis/Aubervilliers comme Procol, Gibbs, Nozal, SPCI, Aussédat, Air-liquide, etc… ».
Il est celui qui vit son lent déclin, bien qu’il n’en soit pas le fossoyeur puisque le dernier train circula sur l’avenue du président wilson en 1993, un an après son départ, pour rejoindre la société Nozal son dernier exploitant.
A la Plaine Saint-Denis, Raymond habita le 126 avenue du Président Wilson de 1953 à 1968, comme pour beaucoup, ce fut l’horrible tranchée de l’autoroute A1, et son bruit infame causant de nombreuses nuisances, qui le firent chercher un autre logement où crécher pour le bien être de sa famille.
Après sa retraite, Raymond le Moing endossa une autre casquette, celle de Président de l’association Mémoire Vivante de la Plaine qu’il cofonda en 1996 avec de nombreux habitants de La Plaine Saint-Denis, et notamment Abel Tissot ou bien encore Jean Bellanger.
A cette fondation nouvelle vinrent notamment se greffer des chefs d’entreprises et des institutionnels, voyant là tout l’enjeu qu’il y avait à constituer la Mémoire de la Plaine Saint-Denis, à une époque où celle-ci se trouvait à un tournant de son histoire, lié à l’arrivée futur du Grand Stade, notre actuel Stade de France, et à la couverture de l’autoroute A1, réconciliant les deux rives divorcées depuis plus de 30 ans, et qui étaient ponctuées de passerelles d’infortune, de l’avenue du Président Wilson.
Durant la présidence de Raymond le Moing à Mémoire vivante de la Plaine, il y eut les 8 bulletins d’histoire parus de janvier 1998 à décembre 2001, et qui sont encore aujourd’hui de très précieuses sources sans équivalence sur l’histoire industrielle et mémorielle du quartier. On y retrouvait à l’intérieur une focalisation sur l’histoire sociale, l’histoire religieuse, l’histoire ouvrière, mais également l’histoire de personnalités ayant côtoyé la Plaine, comme l’aviateur Jules Védrines, ou bien encore de l’impacte que purent avoir les guerres mondiales sur le territoire, et notamment les terribles bombardements du 21 avril 1944.
Ce bulletin était le fait de Raymond le Moing et de plusieurs habitants qui étaient des adhérents de l’association. Parmi ses rédacteurs on pouvait notamment retrouver Joseph Debes, Jean Bellanger, Abel Tissot ou bien encore Natacha Lillo, pour ne citer qu’eux.
L’association s’étant essoufflée à l’issue de la publication du dernier bulletin en 2001. Raymond le Moing choisit de ne pas rester à la présidence de celle-ci lorsque cette dernière fut relancée en 2004 à l’initiative de Jacques Grossard, d’après une suggestion de Michel Miguette des Editions P.S.D.
Raymond le Moing s’était par ailleurs éloigné de la Plaine Saint-Denis pour Saint-Arnoult-en-Yvelines dans le 78, ce qui rendait plus difficile pour lui la possibilité de se rendre sur le territoire. Il resta à partir de 2005 Vice-Président de l’association, dès lors présidée par Jacques Grossard, ancien directeur général du syndicat mixte Plaine Renaissance (1985-1998), et premier directeur de Plaine Commune.
10 ans après, son souvenir reste encore attaché au Chemin de fer industriel de la Plaine, qu’il représenta fièrement, mais aussi à l’association Mémoire Vivante de la Plaine, de laquelle il fut le premier président.
Le samedi 26 septembre 2026, Memoire vivante de la plaine fêtera ses 30 ans au Paname Brewing Compagny, 137 avenue du Président Wilson, ce sera l’occasion de lui rendre un hommage, lui qui a tant œuvré pour constituer la mémoire de la Plaine.
De la part de la ville de Saint-Denis, Raymond le Moing avait reçu en 1996 avec d’autres personnalités qui « avaient fait le territoire » une médaille saluant son action, comme le rappel en page 4/9 cet article du JSD de la même période.