Les trois vagues de l’immigration espagnole en Seine-Saint-Denis Réflexions autour des relations entre immigration « économique » et « immigration politique »

Les trois vagues de l’immigration espagnole en Seine-Saint-Denis Réflexions autour des relations entre immigration « économique » et « immigration politique »

À Saint-Denis, Saint-Ouen et Aubervilliers, on retrouve les trois principales vagues de l’immigration espagnole au XXe siècle :
– migrants dits « économiques » des années 1920-1930 ;
– quelques migrants politiques après la répression du soulèvement des Asturies fin 1934 et surtout après la défaite du camp républicain (les arrivées s’échelonnent entre 1939 et 1950, après le passage par les camps de la frontière française, voire par les camps en Allemagne et parfois après une participation à des maquis de résistants en province) ;
– migrants dits « économiques » des années 1955-1970.

Migration économique des années 1920-1930

Dès les années 1920, un véritable quartier espagnol s’est formé à la Plaine-Saint-Denis (espace industriel à cheval sur les trois communes) entre l’avenue du président Wilson et les rues du Landy et de la Justice. Dans ce quartier, on trouvait des impasses et des passages habités à plus de 90 % par des migrants espagnols, originaires principalement des provinces de Cáceres, de Zamora et de Burgos. Par ailleurs, le vaste bidonville des Francs-Moisins était également peuplé à plus de 70 % par des Espagnols dès son apparition dans les listes nominatives du recensement de 1926.

Selon le recensement de 1931 (date à laquelle la taille de la communauté espagnole est la plus élevée de l’avant-guerre), on compte plus de 8 500 Espagnols dans ces trois communes (pour une population totale de 189 600 habitants, soit 4,5 %), ce qui en fait la première communauté immigrée, loin devant les Italiens.
La particularité de cette communauté est que, des années 1920 aux années 1970, on retrouve les mêmes réseaux familiaux et villageois qui prévalent sur l’aspect « économique » ou « politique » des migrations. Des « économiques » venus au début des années 1920 et repartis dans les années 1930 à cause du chômage lié à la crise sont revenus à l’occasion de l’exode républicain parce qu’entre temps ils avaient participé à la guerre du côté républicain et étaient donc devenus des « politiques ». Ces mêmes « politiques » accueillirent leurs neveux ou leurs cousins « économiques » dans les années 1955-1970.

Contrairement à d’autres pôles de l’émigration espagnole en France, la Plaine-Saint-Denis n’a donc guère été marquée (en tout cas d’après la vingtaine de témoignages oraux recueillis et un important dépouillage d’archives diverses) par un clivage net entre migrants économiques et migrants politiques.

La vague des années 1920-1930 : une politisation à travers l’immigration

Les migrants espagnols des années 1920-1930 étaient très majoritairement des « économiques purs » (cependant, certains ont pu être en contact avec les puissantes fédérations de la Confédération nationale du travail – CNT – en milieu agricole), journaliers agricoles surexploités d’Estrémadure ou de Vieille-Castille ayant fui la misère. Beaucoup envisageaient de repartir au pays après avoir accumulé un petit pécule leur permettant d’acheter du terrain ou quelques chèvres ou moutons – ce que firent d’ailleurs nombre d’entre eux à partir de 1931-1932.

Les naturalisations furent rares : entre 1928 et 1940, à Saint-Denis, pour une communauté de 3 500 personnes en 1931 et de 2 700 personnes en 1936, on compte 66 naturalisations de chefs de famille, concernant au total 170 personnes, soit moins de 3 % de la colonie.

Dans l’immigration, les migrants économiques se sont cependant politisés, et ce à deux niveaux :

– soit en participant aux fréquentes activités en espagnol (meetings, matinées théâtrales, concerts) proposées par la CNT espagnole de Paris à la salle des Fêtes de la Plaine Saint-Denis, 120 avenue Wilson, qui réunissaient une assistance de 400 à 500 personnes à chaque fois. Il est difficile bien sûr de faire la part entre ceux que le discours politique motivait réellement et ceux pour lesquels c’était avant tout le moyen de se retrouver entre compatriotes dans une ambiance festive ;

– soit au contact avec la société d’accueil, très marquée par le poids du PCF et de la CGTU, notamment pour ceux, très nombreux, employés comme manœuvres dans les grandes usines métallurgiques de Saint-Denis. Cependant cette sensibilisation ne se traduira guère par une syndicalisation au sein du groupe de langue espagnole de la CGTU.

Il semble, en fait, au vu des arrestations opérées par la Gestapo dans le quartier espagnol lors de la rafle du 18 septembre 1941, que ce sont surtout les jeunes gens, arrivés petits ou nés à la Plaine au début des années 1920, qui se sont engagés dans les Jeunesses communistes à partir de 1935 et surtout de 1936 dans la chaleur des luttes du Front populaire ; ainsi le leader de la grève dans l’administration de la raffinerie Antar d’Aubervilliers était un jeune Espagnol de 15 ans, né à Saint-Ouen en 1921.

Cette politisation s’est traduite par différents choix à partir de 1931 :

– en 1931, la concomitance de la crise économique en France (mise au chômage rapide et massive de nombreux Espagnols) et de l’avènement de la Seconde République en Espagne ont conduit de très nombreuses familles à opter pour le retour, espérant que l’Espagne républicaine leur serait plus douce que celle de la dictature de Primo de Rivera qu’ils avaient quittée. Les anarchistes, notamment, ont encouragé leurs sympathisants à rentrer en Espagne pour faire évoluer la République « bourgeoise » vers une révolution libertaire ;

– à l’été 1936, quelques pères de famille, migrants « économiques », ont rejoint leurs bataillons pour aller se battre contre la sédition « nationaliste » ; une quarantaine de jeunes gens de 20 à 30 ans, n’ayant pas encore fait leur service militaire en Espagne, partirent également.

Beaucoup de ceux qui sont restés ont participé activement à une intense solidarité avec les familles des hommes partis se battre et avec l’Espagne républicaine : meetings, collectes de matériel, quêtes sur la voie publique, projections de films, participation aux manifestations parisiennes, etc.

On retrouve dans cette solidarité avec l’Espagne républicaine une nette séparation entre les réseaux communistes et anarchistes.

– Par ailleurs, pendant la guerre civile, un troisième pôle politisé apparut, celui des Phalangistes, ayant pris le contrôle du Hogar español, société de secours mutuel dépendant de la paroisse espagnole de la Plaine, le Real Patronato Santa Teresa de Jesus. Ils furent néanmoins très minoritaires par rapport aux deux autres.

Le clivage entre pro et anti-Républicains se manifesta notamment par une nette désaffection du Patronato entre 1936 et 1939 (baisse importante du nombre de mariages et surtout de baptêmes – 8 en 1937 contre 33 en 1936 et 62 en 1935). Jusque-là, il avait réussi à fédérer une partie non négligeable de la communauté mais sa prise de positions en faveur des nationaliste lui valut des désaffections et des inimitiés tenaces. Une des membres de la deuxième génération de l’entre-deux-guerres nous a ainsi confié : « Mon père avait juré de ne jamais remettre les pieds au Patronato. Même pendant l’Occupation, alors que nous manquions de tout, il refusait d’aller chercher les oranges distribuées par Franco. Nous n’y sommes jamais retournées depuis. »

L’arrivée des “ politiques ” : un accueil chaleureux

À partir de 1939 pour ceux qui vivaient à la Plaine avant de partir se battre dans le camp républicain et pour ceux que leur famille en banlieue nord avait réussi à faire sortir clandestinement des camps de concentration français, contournant l’interdiction de résidence dans le département de la Seine, et vers 1950, les vaincus de la guerre civile arrivent en Seine-Saint-Denis.

Beaucoup de ceux qui y arrivent pour la première fois viennent y retrouver des membres de leur famille installés là depuis les années 1920 et 1930 : frères, sœurs, oncles, tantes, cousins, etc. Ils sont donc accueillis comme des « parents » avant de l’être comme des exilés politiques.

Entrée du bidonville du Cornillon, 1963. © Fonds Pierre Douzenel

Entrée du bidonville du Cornillon, 1963. © Fonds Pierre Douzenel

Beaucoup aussi sont d’anciens du quartier, des familles parties pendant la crise des années 1930 après l’avènement de la République espagnole et qui, par leur engagement militant, voire militaire, aux côtés de ladite République ont dû fuir l’Espagne, soit pendant l’exode de 1939, soit plus tard, après un passage par des prisons ou des camps en Espagne. Ils obtiennent généralement le statut de réfugié, mais tous n’effectuent pas les démarches pour le demander car leurs attaches à la Plaine leur permettent de trouver très rapidement du travail. Eux aussi sont accueillis soit par des membres de leur famille restés sur place, soit par d’anciens voisins et amis.

Arrivent aussi des exilés républicains n’ayant eu aucun lien préalable avec la Plaine Saint-Denis mais qui, au hasard de leurs pérégrinations (camps en France puis en Allemagne, rapatriements en 1945), ont rencontré tel ou tel qui y avait des attaches à la Plaine et qui, faute de pouvoir retourner en Espagne, l’y ont accompagné. C’est ainsi que de nombreux Catalans et originaires du Levant, extrêmement peu représentés à la Plaine avant-guerre, vont s’y retrouver après 1945.

D’autres arrivent enfin des quatre coins de France, uniquement parce qu’ils savent qu’en région parisienne les possibilités de travail sont importantes et ils s’installent à Aubervilliers, Saint-Denis ou Saint-Ouen, d’une part parce ce sont des municipalités communistes promptes à organiser la solidarité avec le peuple espagnol, de l’autre parce qu’ils ont entendu parler de l’importante communauté espagnole déjà présente.

Étant donné l’importante mobilisation du quartier lors de la guerre civile pour soutenir le camp républicain, l’accueil des « politiques », qu’ils soient ou non membres d’une famille déjà installée, est chaleureux : on se serre à deux ou trois familles dans les petites baraques, le temps que les nouveaux arrivants trouvent un logement ; on leur trouve du travail dans une entreprise ou sur un chantier où il y a déjà des Espagnols, afin de faciliter les contacts avec les entrepreneurs.

Entre 1945 et 1955, il y eut de nombreux mariages entre des jeunes filles d’origine espagnole issues de l’immigration « économique » nées en Espagne ou à la Plaine dans les années 1920-1930 et des exilés républicains, souvent originaires de Catalogne ou du Levant, auréolés de leur prestige de combattant et de héros – celui-ci étant encore décuplé en ce qui concerne les rescapés de Mauthausen. Les rencontres entre ces jeunes couples se firent soit dans les îlots espagnols soit au local de la Juventud socialista unificada (JSU) à Aubervilliers, soit lors des nombreuses activités de solidarité avec le peuple espagnol (meetings mais aussi fêtes et bals) organisées par le PCE, à Paris, rue de la Grange-aux-Belles, au local de la CGT-Métallurgie rue Jean-Pierre Timbaud ou à la Mutualité ; à la salle Suchet par les anarchistes.

Dans ces trois cités industrielles dirigées par des municipalités communistes depuis 1944, l’accueil des autorités locales et de la population ouvrière française fut chaleureux et le fait d’être un « rouge » espagnol était bien davantage un signe de gloire qu’une marque d’infamie, d’autant plus que, durant l’Occupation, de nombreux exilés républicains, mais également des enfants de migrants économiques des années 1920 et 1930, ont participé aux combats de la Résistance en région parisienne, notamment au sein des FTP-MOI, comme Benito Sacristan, jeune communiste de la Plaine ayant échappé à la rafle de septembre 1941, arrêté en juin 1942 et fusillé au Mont-Valérien en août suivant.

Entre juillet 1945 et octobre 1946, la une de la Voix Républicaine, hebdomadaire du Parti communiste dyonisien publia quatre hommages à des jeunes de la Plaine issus de l’immigration espagnole fusillés ou morts en déportation.

La reconnaissance du quartier de la « petite Espagne » et de la participation des Espagnols à la Résistance a été marquée dans le paysage urbain de Saint-Denis par la décision du conseil municipal de rebaptiser la rue de la Justice (cœur historique du quartier espagnol depuis 1920, où était installé le Real Patronato depuis 1923) rue Cristino García en mars 1946.
Cela a donné lieu à deux cérémonies durant lesquelles les orateurs ont insisté sur la nécessité d’en finir avec le régime franquiste :

  •  le changement de nom de la rue, le 12 avril 1946, en présence de 4 000 personnes ;
  • l’inauguration d’une plaque au nom de Cristino García, le 4 août 1946, en présence de la Pasionaria elle-même.

Par ailleurs, en mai 1950, à la Plaine, huit plaques commémoratives furent apposées sur les domiciles où avaient vécus les résistants espagnols martyrs, tel Benito Sacristan au 13 impasse du Chef-de-la-Ville. Jusqu’au début des années 1970, tous les ans, début août, une cérémonie de commémoration était organisée en son honneur par la municipalité devant la plaque, moment fort de recueillement pour une grande partie de la communauté. Par ailleurs, une des cellules du PCF de la Plaine prit son nom.

Le soutien sans faille des municipalités de Saint-Denis, Saint-Ouen et Aubervilliers aux réfugiés politiques espagnols ne se démentit pas pendant toute la période d’interdiction du PCE en France – qui dura officiellement de septembre 1950 à mai 1981, même si le ministère de l’Intérieur ferma les yeux sur ses activités à partir de la fin des années 1960 –, avec notamment l’embauche comme personnel communal de plusieurs réfugiés politiques communistes et l’aide aux dirigeants clandestins du PCE. C’est par exemple dans un château de la région de Giens appartenant à la municipalité d’Aubervilliers que se tint une réunion importante du Comité central du PCE clandestin en France, en juin 1964.

En novembre 1962, dès l’annonce de l’arrestation de Julián Grimau à Madrid, le maire de Saint-Denis envoya un télégramme de protestation en Espagne et des signatures de pétitions furent organisées dans plusieurs usines de la ville. Dès l’annonce de l’exécution de Grimau en avril 1963, le conseil municipal de Saint-Denis décida de donner son nom à une rue, se référant d’ailleurs explicitement au précédent de la rue Cristino García.

Le fait de militer au sein des organisations communistes françaises permit à certains enfants de réfugiés de connaître une ascension sociale à travers leur engagement politique. Le parcours le plus exemplaire à cet égard en banlieue nord est celui de François Asensi, député communiste de la Seine-Saint-Denis depuis 1981 et maire de Tremblay-en-France depuis 1991. Son père, Paco Asensi, fils de migrants « économiques » installés à la Plaine, côté Aubervilliers, au début des années 1930, s’engagea au sein des Brigades Internationales en 1937.

Typologie des migrants dits « économiques » des années 1955-1970

Ici, nous sommes à la croisée des deux phénomènes précédents, l’immigration « économique » et l’immigration « politique ». Quand on quitte l’Espagne de Franco entre 1955 et 1965, le fait-on uniquement pour des raisons économiques ? D’autres facteurs n’interviennent-ils pas : ras-le-bol de la sclérose de la vie sociale, du contrôle tatillon de l’Église et de la Phalange (surtout dans les petits villages) sur la vie quotidienne, etc. Certains, taxés rapidement de migrants strictement économiques, n’étaient-ils pas, en fait des « politiques » qui n’ont pas effectué de démarches pour obtenir le statut de réfugié car, en ces années de croissance économique importante, celui-ci n’était pas nécessaire à l’obtention d’un emploi et d’un titre de séjour ?

À travers la dizaine d’entretiens réalisés à ce jour avec des migrants des années 1955-1970, j’ai retrouvé différents types de motivation :

– Ceux qui sont partis parce qu’ils avaient des attaches familiales datant de l’avant-guerre en Seine-Saint-Denis, voire qui y étaient nés eux-mêmes avant un retour familial dans les années 1930 – d’après plusieurs témoignages, ce furent d’ailleurs les premiers à repartir dès que le gouvernement Franco permit l’émigration. Par des échanges de correspondance avec des parents restés à la Plaine depuis l’entre-deux-guerres, ils connaissaient les possibilités de travail et d’amélioration de leur condition sociale s’ils décidaient de partir pour la France. Les membres des réseaux migratoires traditionnels de la province de Cáceres reprirent alors la route de la Plaine. Ils ont été bien accueillis par les colonies installées de plus longue date en banlieue nord, même quand leurs motivations de départ étaient strictement d’ordre économique.

– Ceux qui ont quitté l’Espagne, non seulement parce que leur situation économique était difficile (exemple de réflexion qui revient en forme de leitmotiv à travers tous les entretiens : « On avait beau travailler très dur, on ne gagnait pas assez pour faire vivre notre famille décemment. ») mais aussi parce que l’appartenance de leur famille au camp des « rouges » pendant la guerre civile leur bloquait toute possibilité d’ascension sociale. En effet, pour trouver un emploi dans les secteurs industriel ou tertiaire, il fallait produire des « lettres de recommandation » émanant du maire de sa commune d’origine, du responsable local de la Phalange et/ou du curé. L’émigration était donc la seule voie de salut pour permettre une amélioration des conditions de vie des membres des familles ostracisées pour leur soutien à la République pendant le conflit. Certains hommes sont d’ailleurs partis clandestinement pour la banlieue nord dès la fin des années 1940, réussissant à faire venir leurs familles ensuite.

Comme les exilés politiques arrivés entre 1939 et 1950, ces migrants « économiques » ont tout de suite été bien intégrés par la communauté espagnole déjà présente. Par ailleurs, pour les raisons évoquées plus haut, l’accueil des municipalités et des services sociaux était plutôt positif ; contrairement à d’autres régions d’immigration espagnole, se prévaloir d’une famille républicaine était un « plus » pour bénéficier d’aides municipales.

D’après une note de la 9e section des Renseignements généraux (RG) datant de 1964, le PCE interdit mais reconstruit dans la clandestinité et les organisations apparentées auraient retrouvé un nouveau souffle à cette époque grâce aux nombreuses adhésions de ces nouveaux arrivants ; les RG évoquent le « ralliement de plusieurs éléments jeunes et dépolitisés ».

Dans les années 1970, on les retrouva d’ailleurs nombre de ces migrants « économiques » aux côtés des « politiques purs » lors des fêtes et des meetings auxquels participèrent la Pasionaria ou Santiago Carillo en banlieue parisienne. Ils firent également les beaux jours de l’important stand de Mundo Obrero tenu par le PCE à la Fête de l’Humanité.

– Enfin, il y a eu bien sûr aussi des « économiques purs » qui, lors des entretiens, ne font jamais référence à la moindre question politique à leur départ et qui, souvent, se sont installés dans des quartiers distincts (bidonville de La Campa à la limite entre Saint-Denis et La Courneuve, par exemple) des îlots de l’« ancienne » colonie. Ils ont souvent eu très peu de contacts, voire aucun, avec l’immigration politique et n’ayant pas connu le rôle joué par le Patronato espagnol durant la guerre civile, ou n’ayant pas voulu en tenir compte, en furent d’ardents membres (participation à la messe et au catéchisme, baptêmes, mariages, activités sportives, colonies de vacances pour les enfants, cours de castillan, sorties récréatives, etc.).

Cependant, comme dans les années 1920-1930, on note que certains de ces migrants économiques des années 1955-1970 se sont politisés au contact de la vie syndicale et politique française, choisissant cette fois-ci plutôt la CFDT ou les organisations ouvrières chrétiennes telle l’Action catholique ouvrière (ACO). En effet, le pôle anarchisant n’avait plus guère de poids au sein des colonies espagnoles et le Parti communiste était trop radical à leurs yeux, surtout si on prend en compte les années de propagande franquiste à laquelle ils avaient été soumis en Espagne.

Le fait que, de 1910 à 1970-1980 (fermeture des usines de la Plaine et nombreux départs vers des villes plus pavillonnaires, notamment des jeunes couples), les Espagnols de la Plaine aient vécu dans un lieu très clairement délimité dans l’espace et fortement homogène explique la fusion relativement harmonieuse qui s’est réalisée entre les trois principales vagues migratoires du XXe siècle. Ici, bien souvent, le réfugié politique arrivé en 1939 était le cousin, voire le frère, d’une famille castillane ou estrémègne présente depuis les années 1920. Il accueillit à son tour des cousins victimes de l’extrême dénuement des campagnes d’Estrémadure et de Vieille-Castille vers 1960.

La rencontre au quotidien des différents types de migrants était obligée vu qu’ils partageaient les mêmes lieux de travail (grandes usines métallurgiques et chimiques de la Plaine, chantiers du bâtiment après 1945) et surtout les mêmes espaces d’habitation – au demeurant les conditions de logement étaient tellement précaires et la promiscuité telle (baraques en auto-construction faites de bric et de broc au fil des arrivées autour de “ courras ” ) que la vie, comme en Espagne à cette époque, se passait en grande partie dans la rue : sur des chaises devant les baraques pour les femmes à discuter, à tricoter et à coudre ; au café pour les hommes, à jouer au tute et à la subasta, aux dominos, au rami ou à la belote ; dans les nombreux terrains vagues à courir et à jouer pour les enfants.

Des moments forts réunissaient le quartier : la soirée de Noël et le jour des Rois (fêtés y compris par les exilés républicains) et surtout la nuit du 31 décembre où l’on mangeait les raisins en écoutant le carillon de la Puerta del Sol à la radio ; les festivités du 14 juillet aussi.

Les plus militants se retrouvaient lors de soirées organisées salle Suchet avec Léo Ferré par les anarchistes ou à la Mutualité avec Yves Montand pour les communistes. La fête de l’Humanité, chaque début septembre, était un passage obligé, comme d’ailleurs pour une grande partie de la population ouvrière de la « banlieue rouge » d’alors. Alors que le PCE disposait de plusieurs cellules actives à Saint-Denis et à Aubervilliers, les membres de la CNT, eux (nettement minoritaires dans les années 1960 dans le quartier), se réunissaient à Paris. À partir de la fin des années 1960, l’espoir de rentrer en Espagne s’amenuisant et par l’intégration augmentant, plusieurs membres du PCE intégrèrent des cellules d’entreprises ou de quartier du PCF.

Le caractère fortement « espagnol » du quartier semble avoir toujours primé sur les raisons initiales du départ, politiques ou économiques, et comme dans les années 1945-1950, des exilés républicains s’étaient mariés avec des filles d’« économiques » de l’entre-deux-guerres, dans les années 1960-1970, des jeunes issus de la nouvelle émigration « économique » ont épousé des enfants de réfugiés politiques républicains, la seule mais, ô combien importante différence, étant que les parents des uns pouvaient retourner en Espagne quand bon leur semblait et ceux des autres non.

par Natacha Lillo

Immigrés espagnols à La Plaine au début du XXe siècle:  La naissance d’une communauté

Immigrés espagnols à La Plaine au début du XXe siècle: La naissance d’une communauté

En 1911, déjà 260 Espagnols vivent à St Denis, majoritairement dans le quartier de la Plaine (1) : 145 habitent avenue de Paris (2), surtout dans les immeubles de rapport des numéros 96 et 100 ; d’autres se sont installés à proximité, rue de la Montjoie. La rue de la Justice (3), qui deviendra après 1918 le cœur du quartier espagnol, ne compte alors que quatre foyers espagnols, regroupant 21 personnes, auxquels il faut ajouter les 10 habitants du passage Dupont.

Contrairement à ce qui se passera à partir des années 20, il ne s’agit pas majoritairement d’une immigration familiale : on ne compte que 35 couples et 57 jeunes enfants. Quatorze d’entre eux sont nés à Saint-Denis, la plus âgée en 1907 et les deux plus jeunes en 1911, ce qui permet d’établir la date d’arrivée récente de leur parents. Malgré sa « jeunesse », cette immigration compte déjà six couples mixtes franco-espagnols.

Gamins du 5 rue du Landy
en 1947. © Fonds Pierre Douzenel

La part des hommes dans la communauté (enfants compris) est de 70 %. Cette surmasculinité s’explique par le fait que plusieurs foyers espagnols hébergent de nombreux « cousins », « parents », « amis » ou « pensionnaires », très jeunes pour la plupart et généralement employés par la verrerie Legras.
Il s’agissait en fait d’un véritable trafic de jeunes gens de 11 à 19 ans, recrutés dans les campagnes les plus pauvres de Castille par des sortes de négriers, eux-mêmes originaires de la région, qui les faisaient embaucher ensuite par la verrerie Legras et empochaient la majorité de leur salaire au titre de dédommagement des frais de transport, d’hébergement et de nourriture — ces intermédiaires travaillaient aussi chez Legras. Les jeunes manœuvres ne touchaient un reliquat de leur salaire qu’à la fin de l’année pour éviter les fuites. Ils vivaient sous le même toit que leur « parrain » et son épouse, souvent dans des conditions de grande promiscuité. Plus de cinquante jeunes garçons, dont la moyenne d’âge est de 15 ans et demi, étaient dans ce cas à Saint-Denis en 1911. La plupart des négriers et des jeunes recrues venaient d’un réseau de petits villages du nord de la province de Burgos. En 1911, plus de 40 % des Espagnols de St Deins venait de cette province.

On retrouve des pratiques similaires toujours à La Plaine mais côté Aubervilliers cette fois, où vivaient 137 Espagnols.

L’existence de telles pratiques m’a été confirmée par le témoignage direct d’une Espagnole installée à Saint-Ouen en 1920, aujourd’hui centenaire, dont le père se livrait à un trafic du même genre dans le Nord, également pour une verrerie ; les jeunes apprentis vivaient sous le même toit que sa famille.

En 1913, un meeting avait été organisé par le Parti socialiste dionysien, en présence du maire, pour dénoncer « l’exploitation de la main-d’œuvre

Les Espagnols présents sont venus là pour travailler, sans doute dans le but de rentrer au pays après s’être constitué un petit pécule afin de pouvoir s’y marier et acheter pour qui des terres, pour qui un petit troupeau. Ils sont généralement non qualifiés : sur 147 dont on connaît l’emploi, 3 sont manœuvres et 107 journaliers, soit 110 (75 %) sans aucune qualification professionnelle, ce qui s’explique par leur origine de journaliers agricoles.
L’employeur qui revient le plus souvent est la verrerie Legras suivi par les Tréfileries du Havre (Mouton) ; comme ses deux entreprises étaient installées à La Plaine, cela  explique la localisation pour éviter des longs trajets après les harassantes journées de travail. Les ouvriers qualifiés (six tréfileurs, trois ajusteurs, un fondeur, un galvaniseur, un mouleur…) sont plus rares ont sans doute formés sur le tas. Le seul Espagnol ayant le statut de patron vivait déjà La Plaine en 1896 ; marié à une Lyonnaise, c’était un marchand de vins installé 172 avenue de Paris.
Quant aux femmes, seules 17 d’entre elles travaillent (12 femmes mariées et 5 jeunes filles), majoritairement aussi comme journalière dans de grandes usines. Une partie de la petite communauté de 1911 s’est enracinée à St Denis puisqu’en 1921 on retrouve 20 familles qui étaient déjà présentes à cette date, soit environ 80 personnes. Pour l’essentiel, il s’agit de couples ou de familles installées dès les années 1905-1911 ; en revanche, on ne retrouve pratiquement aucune trace des jeunes gens logés par les négriers de La Plaine. Certaines familles de ces premiers arrivants ont fait souche dans le quartier et on les retrouve,elles ou leurs enfants, au fil des recensements jusqu’en 1936.

Natacha Lillo

1) Source : recensement de St Denis en 1911, disponible aux Archives municipales de St Denis et aux Archives départementales de Bobigny.
2) Devenue avenue du président Wilson après la Première Guerre mondiale.
3) Rebaptisée Cristino Garcia après la Seconde Guerre mondiale, en hommage à un résistant espagnol exécuté par le régime de Franco.

Raymond le Moing, une figure Dionysienne de la Plaine

Raymond le Moing, une figure Dionysienne de la Plaine

par Michael DIEDER

Il y a 10 ans disparaissait le 21 juillet 2016 Raymond le Moing, une figure Dionysienne de la Plaine longtemps restée attachée au chemin de Fer Industriel puisqu’il en fut le directeur plus de 20 ans durant, jusqu’à son départ en retraite en 1992.

Raymond le Moing était né en 1931 à l’hôpital de la Porte de Paris. Avec sa famille, ils habitèrent durant toute son enfance au 35 rue de la Briche (actuelle rue Paul Eluard), au sein d’une loge de concierge. Il fit sa maternelle au sein de l’école Suger et alla au cours complémentaire du Corbillon, duquel il sortit avec le brevet en poche à l’âge de 16 ans.

Raymond le Moing et le CFI, ce fut pas moins de 45 ans de carrière puisqu’il y fut embauché en 1947. A l’époque, c’était le directeur de l’école du Corbillon, M. Derrien, qui avait orienté le jeune Raymond vers le chemin de fer industriel de La Plaine, après qu’il ait décidé après 1 mois de quitter la formation qu’il avait entamé au sein d’une école d’électronique de Clichy, dont il qualifiait l’organisation de « gabegie ».
Pour se mettre à niveau, Raymond le Moing dut prendre des cours du soir. Il gravit tous les échelons de la société jusqu’à en prendre le poste de directeur général au début des années 70. Dès lors, il fut le responsable du « maillage des entreprises de la plaine par le ’’CFI’’, qui irriguait depuis les gares parisiennes du Nord et de l’Est toutes les industries de la Plaine Saint Denis/Aubervilliers comme Procol, Gibbs, Nozal, SPCI, Aussédat, Air-liquide, etc… ».
Il est celui qui vit son lent déclin, bien qu’il n’en soit pas le fossoyeur puisque le dernier train circula sur l’avenue du président wilson en 1993, un an après son départ, pour rejoindre la société Nozal son dernier exploitant.

A la Plaine Saint-Denis, Raymond habita le 126 avenue du Président Wilson de 1953 à 1968, comme pour beaucoup, ce fut l’horrible tranchée de l’autoroute A1, et son bruit infame causant de nombreuses nuisances, qui le firent chercher un autre logement où crécher pour le bien être de sa famille.

Après sa retraite, Raymond le Moing endossa une autre casquette, celle de Président de l’association Mémoire Vivante de la Plaine qu’il cofonda en 1996 avec de nombreux habitants de La Plaine Saint-Denis, et notamment Abel Tissot ou bien encore Jean Bellanger.

A cette fondation nouvelle vinrent notamment se greffer des chefs d’entreprises et des institutionnels, voyant là tout l’enjeu qu’il y avait à constituer la Mémoire de la Plaine Saint-Denis, à une époque où celle-ci se trouvait à un tournant de son histoire, lié à l’arrivée futur du Grand Stade, notre actuel Stade de France, et à la couverture de l’autoroute A1, réconciliant les deux rives divorcées depuis plus de 30 ans, et qui étaient ponctuées de passerelles d’infortune, de l’avenue du Président Wilson.

Durant la présidence de Raymond le Moing à Mémoire vivante de la Plaine, il y eut les 8 bulletins d’histoire parus de janvier 1998 à décembre 2001, et qui sont encore aujourd’hui de très précieuses sources sans équivalence sur l’histoire industrielle et mémorielle du quartier. On y retrouvait à l’intérieur une focalisation sur l’histoire sociale, l’histoire religieuse, l’histoire ouvrière, mais également l’histoire de personnalités ayant côtoyé la Plaine, comme l’aviateur Jules Védrines, ou bien encore de l’impacte que purent avoir les guerres mondiales sur le territoire, et notamment les terribles bombardements du 21 avril 1944.

Ce bulletin était le fait de Raymond le Moing et de plusieurs habitants qui étaient des adhérents de l’association. Parmi ses rédacteurs on pouvait notamment retrouver Joseph Debes, Jean Bellanger, Abel Tissot ou bien encore Natacha Lillo, pour ne citer qu’eux.

L’association s’étant essoufflée à l’issue de la publication du dernier bulletin en 2001. Raymond le Moing choisit de ne pas rester à la présidence de celle-ci lorsque cette dernière fut relancée en 2004 à l’initiative de Jacques Grossard, d’après une suggestion de Michel Miguette des Editions P.S.D.

Raymond le Moing s’était par ailleurs éloigné de la Plaine Saint-Denis pour Saint-Arnoult-en-Yvelines dans le 78, ce qui rendait plus difficile pour lui la possibilité de se rendre sur le territoire. Il resta à partir de 2005 Vice-Président de l’association, dès lors présidée par Jacques Grossard, ancien directeur général du syndicat mixte Plaine Renaissance (1985-1998), et premier directeur de Plaine Commune.

10 ans après, son souvenir reste encore attaché au Chemin de fer industriel de la Plaine, qu’il représenta fièrement, mais aussi à l’association Mémoire Vivante de la Plaine, de laquelle il fut le premier président.
Le samedi 26 septembre 2026, Memoire vivante de la plaine fêtera ses 30 ans au Paname Brewing Compagny, 137 avenue du Président Wilson, ce sera l’occasion de lui rendre un hommage, lui qui a tant œuvré pour constituer la mémoire de la Plaine.

De la part de la ville de Saint-Denis, Raymond le Moing avait reçu en 1996 avec d’autres personnalités qui « avaient fait le territoire » une médaille saluant son action, comme le rappel en page 4/9 cet article du JSD de la même période.

Un Monument Historique dans la Plaine : la Locomotive AEG numéro 2 de l’ancien chemin de Fer industriel de la Plaine et d’Aubervilliers.

Un Monument Historique dans la Plaine : la Locomotive AEG numéro 2 de l’ancien chemin de Fer industriel de la Plaine et d’Aubervilliers.

Dans le square Emile Pereire, au sein des Magasins généraux de la Plaine, non loin de l’avenue du Président Wilson, il est une locomotive abandonnée de tous, train errant parmi la déshérence, infréquenté, connue seulement des arbres, des pigeons et des chats, et de quelques habitués.

Elle gagnerait pourtant à être plus connue, et considérée, tant elle incarne à elle toute seule un pan entier de l’histoire de la Plaine, celle industrielle et ouvrière, mais également un pan de l’histoire du ferroviaire, plus de 20 ans avant les électrifications effectives des réseaux de chemin de fer, et notamment celui de la gare du Nord.
Il s’agit d’une locomotive électrique construite en 1930 par la marque allemande AEG. Elle fut utilisée par la Société du Chemin de Fer Industriel de la Plaine Saint-Denis et d’Aubervilliers de 1930 à 1976. La particularité de ce type de trains est qu’ils utilisaient des moteurs électriques avec batteries, alors qu’à l’époque, les locotracteurs avaient tendance à fonctionner au diesel. A titre de comparaison, l’électrification de la Gare de Nord n’eut lieu qu’en 1958, et le dépôt de la Plaine de son côté entama sa dieselisation au tournant des années 50/60 pour abandonner le charbon. Ce type de train incarne par conséquent le symbole d’une innovation technologique dont nous avons encore les retombées aujourd’hui.

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Cette locomotive numéro 2, ou plutôt devrais-je dire « ce locotracteur », est unique en son genre, pas parce qu’elle n’a jamais quitté La Plaine, son lieu de villégiature depuis 90 ans, malgré l’arrêt du réseau de Chemin de fer industriel en 1993, mais parce qu’elle a la particularité d’être la seule parmi les 5 locomotives à accumulateurs qui avaient été livrées en 1930 au CFI à avoir 3 essieux accouplés et à faire 46 tonnes contre 26 pour les autres avec 2 essieux. D’un point de vue purement visuel, elle se démarque de ses consœurs par sa longueur, sa cabine de conduite plus grande mais également par ses roues agencées spécifiquement en 3 essieux.

Le modèle qui nous intéresse, la numéro 2 à 3 essieux, servait essentiellement pour « les opérations de triage et de classement à l’arrivée, ainsi que pour la formation des rames de départ et la desserte des grosses usines », nous informe le bulletin de la Société pour le développement des véhicules électriques de février 1931.

Elle disposait des caractéristiques suivantes :

  • un poids de 46 tonnes
  • un Châssis formé par des longerons en tôle épaisse
  • une puissance de 160 CV.
  • deux moteurs alimentés sous 400 volts
  • une cabine centrale de conduite avec contrôleur à soufflage et appareils de protection, couplage série parallèle.
  • batterie au plomb type Planté de 200 éléments d’une capacité de 640 a. /h.
  • capacité de travail sans recharge, environ 10 000 à 12 000 tonnes kilométriques totales.

En comparaison, les locotracteurs de 26 tonnes, au nombre de 3 pour le CFI de la Plaine, avaient les caractéristiques suivantes :

  • un poids de 26 tonnes
  • un châssis formé par des longerons en tôle épaisse.
  • une puissance de 84 CV.
  • deux moteurs
  • une tension de service de 400 volts.
  • une cabine centrale de conduite avec contrôleur à soufflage et appareils de protection. Couplage série-parallèle.
  • batterie au plomb type Planté de 200 éléments d’une capacité de 320 a. /h.
  • capacité de travail sans recharge : environ 5000 tonnes kilométriques totales.

Pour les opérations de remorquages la locomotive de 46 tonnes possédait une accélération de marche plus rapide que les locomotives à vapeur. « Elle évitait la majeure partie des temps morts de la traction à vapeur, tels que la mise en pression avant d’effectuer un gros effort, le graissage continuel des embiellages et du mouvement, le changement de marche, l’entretien du feu, ou bien encore l’alimentation en eau et l’approvisionnement en combustible. D’autre part, pendant les temps d’arrêts obligatoires, aucune consommation n’était occasionnée alors que les locomotives exigeaient même pendant ce temps  de l’eau, du charbon et une surveillance constante ». La société du Chemin de fer Industriel de la Plaine estimait même en 1931 que grâce à cette traction électrique elle gagnait plus d’une heure de temps mort par jour par rapport à l’époque où elle était à la traction vapeur.

En 1990, voilà ce que Raymond le Moing, ancien directeur du CFI et ancien président de notre association, disait à propos des avantages de ces locotracteurs électriques par rapport à la vapeur « Leur avantage principal est d’assurer une sécurité absolue contre les incendies et permettre de desservir un plus grand nombre d’entrepôts. Ces engins ne devraient pas être mis à la ferraille, il faudrait au contraire qu’ils finissent dans un musée parce qu’ils étaient révolutionnaires à l’époque, non polluants, d’une souplesse d’utilisation remarquable, ils pouvaient remorquer un train de près de 800 tonnes même en légère rampe ».

Depuis 1994, la locomotive est classée à l’inventaire des Monuments Historiques, comme nous l’indique la Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP). Malgré cela, depuis un certain nombre d’années, placée là, elle végète.., ne semblant plus intéresser personne, prenant rouille et lentement, même si aujourd’hui les marques en sont bien visibles, se dégrade.

Cette loco, il serait temps de s’en préoccuper, d’écouter le vœu pieu de Raymond le Moing afin qu’elle puisse être sauvée, digne vestige de l’ancien Chemin de Fer industriel de la Plaine et d’Aubervilliers.

Du côté de ses consœurs de 26 tonnes qu’en est-il ?

La locomotive numéro 1 avait été préservé un temps à Pacy-sur-Eure dans l’Eure avant d’être racheté en 2021 par l’Eisenbahn-Club d’Aschersleben en Allemagne. Elle y fut transférée le 11 janvier 2022.

De son côté, le musée Rosny-Rail est également détenteur d’un exemplaire qui pourrait soit correspondre au numéro 3, soit au numéro 5.

Du côté de notre locotracteur dionysien, plus les années passent et malheureusement plus son état se dégrade, hélas.

Déjà en 2007 un signal d’alarme avait été tiré par l’association Mémoire Vivante de la Plaine, par l’intermédiaire de Jean-Michel Gerbaud, qui s’inquiétait de son devenir au sein des Magasins généraux. Rien n’a été fait depuis et la rouille s’est progressivement installée.

Cet article est une occasion de plus pour éveiller les consciences sur le patrimoine qu’ils ont à portée de mains et d’yeux. L’objectif est que les politiques et les habitants prennent conscience de la valeur de ce patrimoine en péril, car oui, cette locomotive, encore une fois, est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 1994, soit au même moment que l’abandon du réseau de Chemin de fer industriel suite à la fermeture de la société Nozal (dernier exploitant du CFI).

La locomotive s’accompagne également aujourd’hui d’un wagon citerne à essieux de 1936 construit à Maubeuge par la Compagnie Française de Matériel de Chemins de Fer dans ses usines du Tilleul, et qui servait au chemin de fer industriel de la Plaine.

Pour empêcher que cette locomotive et son wagon citerne ne passent dans les mains des ferrailleurs, il faudrait déjà les viabiliser en attendant une éventuelle restauration, surtout la locomotive, dans laquelle pousse un arbre depuis quelques mois… Les viabiliser, ça passe notamment par les protéger des intempéries, en les bâchant par exemple, ou par couper la végétation écrasante autour.

 

La restauration à envisager pourrait peut-être faire l’objet d’une soumission au vote dans le cadre d’un budget participatif, ou d’une cagnotte en ligne ? A bon entendeur.

Michael DIEDER

Sources :

notice de classification au titre des Monuments Historiques de la locomotive : https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM93000334

1931, article du bulletin Le Véhicule électrique portant sur l’électrification des Chemins de fer industriels de la Plaine et d’Aubervilliers : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t54177384v/f9.item.r=%22chemin%20de%20fer%20industriel%20de%20la%20plaine%22

1990, archives d’Aubervilliers, article portant sur le chemin de fer industriel avec intervention de Raymond le Moing : https://www.calameo.com/books/004909556c1b292b96b6a

Le locotracteur numéro 1 racheté en 2021 par l’Eisenbahn-Club d’Aschersleben : https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/indus-locotracteur-a-accus-aeg-4473/

Le locotracteur numéro 2 dans le square Emile Pereire des Magasins généraux : https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/indus-locotracteur-a-accus-aeg-4476/

Musée rosny rail, passage sur le locotracteur récupéré en 1997 pour les soins du musée, « Le locotracteur à accumulateur » : https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Rosny-Rail.html ; https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/indus-locotracteur-a-accus-aeg-xxxx-rosny-rail/

7/52 – France – Locotracteur à accumulateurs du Chemin de Fer Industriel de La Plaine-Saint-Denis à Aubervillers dans les années 90/2000 : http://mes.gares.free.fr/divers/affichage.php?NomPar=Paolozzi%20Antoine&NomRub1=Locotracteurs&Rubrique=materiel_roulant

 

Articles parlant de la locomotive : https://www.patrimoine-ferroviaire.fr/indus-locotracteur…/ ; https://luteceduparisien.fr/…/locomotive-electrique-de…/ ; https://patrimoine.seinesaintdenis.fr/Chemin-de-fer…

Message d’alarme, article de 2007 de l’association Mémoire vivante de la Plaine, avec un texte écrit par un certain Marcello Corsétout : https://web.archive.org/web/20070313220841/https://www.plaine-memoirevivante.fr/videos.htm#la%20locomotive

Le chemin de fer industriel de la Plaine et d’Aubervilliers : https://patrimoine.seinesaintdenis.fr/Chemin-de-fer-industriel-de-la-Plaine-Saint-Denis-et-d-Aubervilliers

Tout autour de La Tour Pleyel, le quartier Pleyel en deux dimensions avec vue panoramique au 40e étage

Tout autour de La Tour Pleyel, le quartier Pleyel en deux dimensions avec vue panoramique au 40e étage

Date : le 13 juin à 15h30
Départ : RER D stade de France
Arrivée:
Lieu : Saint-Denis
Durée : 2 h
Tarif : 18€

Vous découvrirez à travers cette balade, les plusieurs vies de la « Tour Pleyel » en déambulant tout autour de la Tour. Vous parcourrez ce quartier qui se trouve à ses pieds et qui connaît une profonde mutation.

Puis direction le toit de la tour reconvertie aujourd’hui en hôtel, l’hôtel H4 Wyndham-Paris Pleyel Resort ouvert depuis les Jeux Olympiques, pour une lecture paysagère qui se clôturera autour d’un pot convivial* !

*Une boisson est incluse dans le prix de la balade : au choix entre un soft ou un verre de champagne par personne ayant réservé.

Cette visite s’inscrit dans le cadre du festival Toi Toit mon Toit, valorisant la 5ème façade de nos villes, avec comme objectif de montrer les toits aménagés et ceux qui pourraient l’être demain. Ce festival des toits en Seine-Saint-Denis s’inspire de projets urbains innovants à Rotterdam, Marseille, Paris et Barcelone.

Retrouvez le concept et toute la programmation du Festival des toits en Seine-Saint-Denis, Toi toit mon toit !

Vue depuis la tour Pleyel

Vue depuis la tour Pleyel

De la Tour Pleyel au sommet du Village Olympique

De la Tour Pleyel au sommet du Village Olympique

Date : le dimanche 14 juin à 9h30
Départ : Carrefour pleyel
Arrivée:
Lieu : Saint-Denis
Durée : 2 h 00
Tarif : 10€

Entre les voies ferrées et la Seine, le quartier Pleyel a une longue histoire depuis les premières habitations sur pilotis jusqu’au nouveau quartier de l’ancien village olympique Pleyel.

Partez avec Jean-Jacques Clément à la découverte du quartier « Pleyel » pour finir en apothéose sur le sommet de l’immeuble l’Apogée au cœur de l’ancien village des athlètes, à l’occasion du festival Toi toit mon toit !

Découvrez ce quartier avec au programme :

  • l’histoire de cette place Pleyel et de la tour.
  • La découverte du village olympique, en parcourant les vestiges des sites électriques.
  • L’accueil des habitantes de l’immeuble Apogée et la découverte de leur terrasse panoramique

Cette visite s’inscrit dans le cadre du festival Toi Toit mon Toit, valorisant la 5ème façade de nos villes, avec comme objectif de montrer les toits aménagés et ceux qui pourraient l’être demain. Ce festival des toits en Seine-Saint-Denis s’inspire de projets urbains innovants à Rotterdam, Marseille, Paris et Barcelone.

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